François Chaignaud et Marie-Pierre Brébant

Jeudi 27 avril

20h,21h et 22h

Le pigeonnier, villa Noailles

C’est le rêve de jouer en direct l’intégrale d’Hildegarde de Bingen… Nous ne sommes qu’au début du rêve (Hildegarde a écrit soixante-neuf antiennes, nous travaillons déjà les cinq premières, que nous imaginons jouer en boucle — une première étape, laquelle nous permettrait d’éprouver la résistance de ces hypnotiques mélodies sur la durée.) C’est le rêve de créer une installation « durable » — presque une sculpture… Laisser la musique médiévale devenir une performance, une image et une danse.
Les envolées visionnaires d’Hildegarde de Bingen, aériennes et méditatives, écrites au xiie siècle dans un style grégorien tardif, apparaissent autant comme l’écho familier (et oublié) de ce qui fonde la musique et l’esprit de nos sociétés européennes, que comme une anomalie, une exception, un exploit. Parce qu’elle est une femme, parce qu’elle utilise ce langage musical à la fois archaïque et libre et qu’elle met ses visions au service d’un rapport brûlant et charnel au divin.
Marie-Pierre Brébant imagine une adaptation de ces monodies pour voix et bandura. La bandura est un instrument ancien en provenance d’Ukraine (ses premières formes datent du vie siècle), dont le son évoque autant l’austérité métallique de la cithare que les vibrations célestes de la harpe.
Hildegarde est abbesse — elle et ses sœurs vivent selon la règle bénédictine. La villa Noailles, icône du modernisme au xxe siècle, est construite sur les ruines d’un couvent bénédictin.
Ce serait comme faire entendre cette vie, cette histoire oubliée de la villa ; laisser résonner l’incandescence oubliée du passé médiéval à travers les mélodies aux images psychédéliques d’Hildegarde de Bingen. Il y a dans la musique et les images d’Hildegarde quelque chose de très ancien, évidemment, mais qui porte une vision futuriste, une vision pionnière et hors du commun. Il y aurait ainsi comme un palimpseste des vies de Noailles, une confrontation des visions modernistes…
Hildegarde a des visions ; les enluminures des manuscrits consignant ses chants et ses écrits en attestent : femmes couvertes d’yeux, créatures à trois ailes…
Il y a le rêve de créer un tableau, une image et une danse. Le duo Mareunrol’s construit un costume, sculpture visionnaire. Entre l’arte povera, le streetwear désabusé et l’hallucination, il invente une matérialisation de l’aura, de l’auréole et de l’énergie en échappant à toute référence médiévale ou religieuse.
Cette collaboration avec la villa Noailles et Mareunrol’s augmente à la fois l’actualité et la magie du répertoire que l’on se propose de partager. (la Symphonie des harmonies célestes est le titre du recueil qui regroupe ses compositions.)
S’appuyer sur ce répertoire, c’est aussi ne pas laisser cette histoire, ces manuscrits, ces musiques aux seules mains des fanatiques, des extrémistes ou des spécialistes
 

Jacob Mallinson Bird

Dimanche 30 avril

14h30

Parvis, villa Noailles