François Chaignaud et Marie-Pierre Brébant

C’est le rêve de jouer en direct l’intégrale d’Hildegarde de Bingen… Nous ne sommes qu’au début du rêve (Hildegarde a écrit soixante-neuf antiennes, nous travaillons déjà les cinq premières, que nous imaginons jouer en boucle — une première étape, laquelle nous permettrait d’éprouver la résistance de ces hypnotiques mélodies sur la durée.) C’est le rêve de créer une installation « durable »presque une sculpture… Laisser la musique médiévale devenir une performance, une image et une danse.

Les envolées visionnaires d’Hildegarde de Bingen, aériennes et méditatives, écrites au XIIe siècle dans un style grégorien tardif, apparaissent autant comme l’écho familier (et oublié) de ce qui fonde la musique et l’esprit de nos sociétés européennes, que comme une anomalie, une exception, un exploit. Parce qu’elle est une femme, parce qu’elle utilise ce langage musical à la fois archaïque et libre et qu’elle met ses visions au service d’un rapport brûlant et charnel au divin.

Marie-Pierre Brébant imagine une adaptation de ces monodies pour voix et bandura. La bandura est un instrument ancien en provenance d’Ukraine (ses premières formes datent du VIe siècle), dont le son évoque autant l’austérité métallique de la cithare que les vibrations célestes de la harpe.

Hildegarde est abbesse — elle et ses sœurs vivent selon la règle bénédictine. La villa Noailles, icône du modernisme au XXe siècle, est construite sur les ruines d’un couvent bénédictin.

Ce serait comme faire entendre cette vie, cette histoire oubliée de la villa ; laisser résonner l’incandescence oubliée du passé médiéval à travers les mélodies aux images psychédéliques d’Hildegarde de Bingen. Il y a dans la musique et les images d’Hildegarde quelque chose de très ancien, évidemment, mais qui porte une vision futuriste, une vision pionnière et hors du commun. Il y aurait ainsi comme un palimpseste des vies de Noailles, une confrontation des visions modernistes…

Hildegarde a des visions ; les enluminures des manuscrits consignant ses chants et ses écrits en attestent : femmes couvertes d’yeux, créatures à trois ailes…

Il y a le rêve de créer un tableau, une image et une danse. Le duo Mareunrol’s construit un costume, sculpture visionnaire. Entre l’arte povera, le streetwear désabusé et l’hallucination, il invente une matérialisation de l’aura, de l’auréole et de l’énergie en échappant à toute référence médiévale ou religieuse.

Cette collaboration avec la villa Noailles et Mareunrol’s augmente à la fois l’actualité et la magie du répertoire que l’on se propose de partager. (La Symphonie des harmonies célestes est le titre du recueil qui regroupe ses compositions.)

S’appuyer sur ce répertoire, c’est aussi ne pas laisser cette histoire, ces manuscrits, ces musiques aux seules mains des fanatiques, des extrémistes ou des spécialistes.

 

 

PERFORMANCES : COMMANDE DE LA VILLA NOAILLES 

CRÉATION, CHORÉGRAPHIE ET PERFORMANCE : FRANÇOIS CHAIGNAUD 

ADAPTATION MUSICALE ET BANDURA : MARIE-PIERRE BRÉBANT

COSTUMES : MARITE MASTINA ET ROLANDS PETERKOPS MAREUNROL’S 

BANC : THÉLONIOUS GOUPIL

Playing the entire works of Hildegard von Bingen live, is a dream… We are but at the beginning of this dream (Hildegard wrote sixty-nine antiphons and we are already working on the first five, which we envision played in a loop — a first stage which will allow us to experience the resistance of these hypnotic melodies over time.) It is a dream to create a “lasting” installation — almost a sculpture… To allow medieval music to become a performance, an image and a dance.

Hildegard von Bingen’s visionary flights, ethereal and meditative, were written in the 12th century in a late Gregorian style and appear as much a familiar (and forgotten) echo of that which founded the music and spirit of our European societies, as they are an anomaly, an exception, a feat: because she was a woman, because she used this musical language which is at the same time archaic and free, and because she placed these visions at the service of a burning and carnal connection with the divine.

Marie-Pierre Brébant has dreamt up an adaptation of these monodies for voice and bandura. This ancient musical instrument comes from Ukraine (its initial designs date back to the 6th century), and its sound evokes both the metallic austerity of a sitar and the celestial vibrations of a harp.

Hildegard was an abbess – she and her sisters lived according to Benedictine rule. The villa Noailles, an icon of 20th century modernism, was built upon the ruins of a Benedictine convent.

It is like making this life audible, this forgotten story of the villa; to grant a resonance, the forgotten incandescence of a medieval past, through Hildegard von Bingen’s melodies and their psychedelic images. There is something very ancient, obviously, in this music and these images, but it carries a futuristic vision, a pioneering and extraordinary vision. Hence, there is something of a palimpsest of the Noailles’ lives, a confrontation of modernist visions…

Hildegard had visions, as the illuminations in the manuscripts containing her songs and writings bear witness: women covered with eyes, creatures with three wings…

There is a dream of creating a tableau, an image and a dance. Mareunrol’s have created a costume, a visionary sculpture. Between Arte Povera, disillusioned Street wear and hallucination, it invents the materialisation of an aura, a halo and energy, by avoiding any medieval or religious references.

This collaboration between the villa Noailles and Mareunrol’s increases the topicality and the magic of this shared repertoire. (La Symphonie des harmonies célestes is the title of the collection which unites these compositions.)

Building upon this repertoire is also a means of not allowing this history, these manuscripts, this music, to fall solely into the hands of fanatics, extremists, or specialists.

 

PERFORMANCES : COMMISSION OF THE VILLA NOAILLES

CREEATION, CHOREOGRAPHY AND PERFORMANCES : FRANÇOIS CHAIGNAUD

MUSIC AND BANDURA : MARIE-PIERRE BRÉBANT

COSTUMES : MARITE MASTINA AND ROLANDS PETERKOPS MAREUNROL’S

BENCH : THÉLONIOUS GOUPIL