DIX

 
 

François Cadière, dessin préparatoire pour l’exposition DIX, 2017.

 

Une garde-robe idéale ou un carnet de commandes imaginaire des défilés printemps-été 2017 ? C’est un ensemble de vêtements réunis en toute subjectivité, sur une proposition de Jean-Pierre Blanc, qui compose l’exposition DIX. On y reconnaît dix silhouettes, dix maisons et créateurs avec pour dénominateur commun la villa Noailles : Haider Ackerman, Chanel, Chloé, Liselore Frowijn, Rabih Kayrouz, Koché, Nehera, Dries Van Noten, Yves Saint-Laurent et Sacai. Un ancien président du jury, une récente lauréate, rassemblés par affinité comme par couleur (ici le jaune bouton d’or sert de fil rouge).

Cette démarche, cet inventaire singulier, Marie-Laure de Noailles les a engagés saison après saison auprès des différents couturiers qu’elle accompagnait en son temps, d’Elsa Schiaparelli à Jacques Fath. On retient dans chaque collection un modèle marquant — pour sa flamboyance comme pour sa parfaite convenance qui sied à l’usage du quotidien. Aujourd’hui dans son ancien atelier de peinture, dix tenues s’alignent et se répondent pour composer un certain point de vue sur la mode contemporaine.

Mais que disent, statiques et muséifiées, dix silhouettes volontairement déconnectées de leur lieu de production et de consommation ? L’histoire des expositions de mode convoque comme peu d’autres son lot de paradoxes, de contradictions, voire de controverses : Exposer une marchandise ? Capturer un porté, une attitude ? Figer une idée qui s’incarne dans le mouvement ?

Le projet DIX opère un décalage, dans un lieu qui n’est plus seulement une maison, ni complètement un musée. On oublie un moment la finalité commerciale de toute entreprise de mode, sans tout à fait l’occulter. Par-delà la marchandise, par-delà la boutique on déplace son regard sur ces vêtements d’aujourd’hui dont on peut apprécier la forme, la matérialité et les qualités plastiques, comme si on découvrait le vestiaire d’un occupant des lieux.

Reste qu’une mode exposée est une mode incomplète, un assemblage un peu fantomatique de corps disparus. C’est une aporie qui obsède les plus illustres conservateurs iconoclastes. Diana Vreeland orchestrait des mises en scène dignes de ses plus belles pages de Vogue au Metropolitan Museum de New York à la fin des années 1970 quand Olivier Saillard joue depuis une dizaine d’années ses impossibles garde-robes sur le mode de la performance.

Ici aussi c’est une forme de spectacle qui est présenté et qui suggère qu’une mode se conçoit bien au-delà du vêtement, à travers sa médiatisation — sa mise en scène, sa mise en espace et en musique. Sound designer (Michel Gaubert), styliste (Guillaume Boulez), scénographe (Julien Carretero) et illustrateur (François Cadiere) s’orchestrent autour du travail des créateurs comme une famille élargie. Et ils dévoilent une mécanique complexe qui relève tout autant de la genèse de la mode que la découpe d’une manche ou le choix d’une étoffe.

Émilie Hammen

 

COMMISSARIAT : JEAN-PIERRE BLANC

FRESQUES MURALES : FRANÇOIS CADIÈRE

STYLISME ET COLLAGES : GUILLAUME BOULEZ

SCÉNOGRAPHIE : JULIEN CARRETERO

MUSIQUE : MICHEL GAUBERT

COORDINATION : LÉOPOLD PERRI LE MERER

 

COLLECTIONS PRÊT-À-PORTER PRINTEMPS-ÉTÉ 2017

HAIDER ACKERMANN

CHLOÉ

KARL LAGERFELD POUR CHANEL, COLLECTION PATRIMOINE DE CHANEL

LISELORE FROWIJN

RABIH KAYROUZ

KENZO

KOCHÉ

NEHERA

SACAI

DRIES VAN NOTEN 

An ideal wardrobe or an imaginary order book for the Spring/Summer catwalk shows of 2017? This exhibition by DIX is an entirely subjective ensemble of clothes, chosen at the request of Jean-Pierre Blanc. Ten silhouettes, ten houses and designers with the villa Noailles as the single common denominator: Haider Ackerman, Chanel, Chloé, Liselore Frowijn, Rabih Kayrouz, Koché, Nehera, Dries Van Noten, Yves Saint-Laurent and Sacai. A former president of the jury, a recent winner, gathered together as much by affinity as by colour (here a buttercup yellow serves as a common thread).

This process, this unique inventory, was employed, season after season, by Marie-Laure de Noailles and the different designers with whom she associated during her own time, from Elsa Schiaparelli to Jacques Fath. A remarkable example is retained from each collection — for its flamboyance as much as for its perfect convenience and suitability for everyday use. Today, in her former artists studio, ten outfits are aligned and respond to one another in order to compose a certain point of view on contemporary fashion.

But, what can ten static and institutionalised silhouettes, voluntarily removed from their places of production and consumption, tell us? The history of fashion exhibitions summons its own lot of paradoxes, contradictions, and even controversies: Exhibiting merchandise? Capturing a way of wearing, an attitude? Fixing an idea which is embodied by movement?

This project performs a shift, within a space which is no longer just a house, nor entirely a museum. For a while, fashion’s commercial objectives are forgotten, without entirely being concealed. Beyond merchandise, beyond shops, our gaze focuses upon these contemporary clothes in order to appreciate their forms, fabrics, and physical qualities, as if we are discovering the wardrobe of some inhabitant.

Nonetheless, fashion exhibited is an incomplete fashion, a somewhat phantom assembly of missing bodies. It is an aporia which has obsessed the most illustrious of iconoclastic of curators. Diana Vreeland orchestrated stagings which were worthy of her most beautiful pages in Vogue at the Metropolitan Museum in New York at the end of the 1970s whilst Olivier Saillard has enacted for more than ten years his impossible collections of performance fashion.

Here too, what is presented is a kind of performance which suggests that fashion can be considered well beyond the clothes, but through its exposure — its staging, its spatial and musical positioning. Sound designer (Michel Gaubert), stylist (Guillaume Boulez), scenographer (Julien Carretero) and illustrator (François Cadiere) orchestrate around the works of these designers like an enlarged family. Thus they reveal a complex mechanics which belongs just as much to the creation of fashion, as the cut of a sleeve, or the choice of fabric.

Émilie Hammen

 

CURATOR : JEAN-PIERRE BLANC

WALL PAINTING : FRANÇOIS CADIÈRE

FASHION EDITOR & COLLAGES : GUILLAUME BOULEZ

SET DESIGN : JULIEN CARRETERO

MUSIC : MICHEL GAUBERT

COORDINATION : LÉOPOLD PERRI LE MERER

 

PRÊT-À-PORTER COLLECTIONS, SPRING-SUMMER 2017

HAIDER ACKERMANN

CHLOÉ

KARL LAGERFELD POUR CHANEL, COLLECTION PATRIMOINE DE CHANEL

LISELORE FROWIJN

RABIH KAYROUZ

KENZO

KOCHÉ

NEHERA

SACAI

DRIES VAN NOTEN