Danial Aitouganov

Photos par Louise Desnos, photographe sélectionnée en 2016 / Commande sur les créations des dix stylistes sélectionnés.

Photos par Louise Desnos, photographe sélectionnée en 2016 / Commande sur les créations des dix stylistes sélectionnés.

Pays-Bas / Russie
Netherlands / Russia


The Second Sex

Collection femme

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Est-il encore besoin de rappeler que la mode (et donc les créateurs) accompagne, sinon devance la société en se saisissant, des grands sujets qui l’animent. Le combat féministe à coups de pancartes dans la rue serait-il dépassé ? Après les victoires du XXe siècle, nos contemporains se questionneraient désormais sur le genre au-delà du féminisme et les revendications seraient plus orientées sur l’individualité. Les attributs habituellement bannis ou récupérés, tels les seins ou les épaules, dans l’émancipation du deuxième sexe, perdraient leur charge symbolique pour laisser place à la neutralité.

Le styliste s’empare du sujet en créant une collection qui singularise la femme comme s’il la détourait pour mieux la révéler. Sa muse adopte une posture déterminée, libérée de l’amertume des luttes passées, et lucide sur les luttes en cours et les marches à gravir. Ou plutôt elle avance hors de ces marches désormais obsolètes.

Son pardessus aux épaules et à la taille marquées structure la silhouette. Il est la toile blanche qui supporte les lignes du dessin ou les formes de couleur pure dont la radicalité est parfois adoucie par un motif floral rebrodé de généreux rubans de satin. Élégante parce qu’elle le vaut bien, la muse se joue des clichés et ne s’interdit pas l’opulence des drapés ni les sequins. Elle se coiffe d’imposants chapeaux colorés, et son sac est un grand disque jaune d’or. Elle glisse son pied dans un chausson de cuir monté sur un cube blanc immaculé. La couleur est franche, le trait noir est épais, la muse est plus. Elle est surréelle car elle est sur consciente.

Texte : Magalie Guérin

The Second Sex

Womenswear collection

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Is it necessary to repeat that fashion (and thus designers) accompanies and even precedes society by taking hold of the important subjects which motivate it. Is the feminist combat and its street placards outmoded?Following the victories of the 20th century, our contemporaries now question the place of gender beyond feminism and demands are now more orientated towards individuality. Features which are customarily banished or rehabilitated, such as breasts or shoulders, in the emancipation of the second sex, lose their symbolic charge in order to give way to neutrality.

This designer appropriates the subject by creating a collection which singles out women as if he was cutting them out in order to better reveal them. His muse adopts a pose that is determined, liberated from the bitterness of past conflicts, and lucid upon the ongoing battles and the mountains still to be climbed. Or rather, she advances outside of these paths which have since become obsolete.

His overcoat with its pronounced shoulders and waistline structures the silhouette. It is a white canvas which supports the outlines of the design and the pure colour shapes whose radicality is sometimes softened by a floral motif embellished with large satin ribbons. Elegant, because she is worth it, this muse plays with cliches and does not deny herself the opulence of draperies and sequins. She is crowned with imposing coloured hats, whilst her bag is a big golden-yellow disc. She slips her feet into leather slippers mounted upon a spotless white cube. The colour is bold, the black stripe is thick, the muse is even more. She is surreal because she is over conscious.