Cordula Heins et Caroline Speisser

Allemagne / Germany

« La série présentée ici, Ali, met en scène les stratégies de répression subies par les réfugiés. Elle place le spectateur devant l’absurdité des politiques d’asile et leurs conséquences : une forme d’empêchement, d’amoindrissement des personnes. Dans ces portraits tragicomiques, les protagonistes font figure de métaphores du système.

 

La composition s’opère selon une hiérarchie claire. Les photographies mettent en scène un ensemble de personnes déplacées et forcées à l’hétéronomie, dans une pièce qui témoigne d’un état de transition permanent et qui devient la scène où se déploient paradoxe et absurdité.

 

En tant que duo, nous abordons la photographie comme instrument d’analyse. Les images ont un pouvoir : elle sont capables de provoquer, de faire voler les illusions en éclats.

 

Elles ont la capacité d’interroger, de confondre, de subvertir.

 

Pour scruter la réalité on se sert de fragments de la vérité établie. Dans un méli-mélo d’imitations, nous créons une construction irrationnelle insensée qui ne s’arroge pas la vérité, mais pourvoit plutôt à une réflexion rationnelle. Nous manipulons tantôt de manière subtile, tantôt grossièrement, afin de confronter le spectateur aux tensions contradictoires, aux illusions sur l’égalité et au fossé entre une vision humaniste et l’état actuel des choses. En fin de compte, il s’agit surtout de conférer un pouvoir, d’adopter une stratégie que les forces invisibles n’ont pas prévue. »

 

CORDULA HEINS ET CAROLINE SPEISSER (1986) TRAVAILLENT ENSEMBLE DEPUIS HUIT ANS. ELLES ONT ÉTUDIÉ L’ART À L’UNIVERSITÉ DE BRÊME EN ALLEMAGNE ET ONT EXPOSÉ AU THÉÂTRE DE LA VILLE DE BRÊME. LEUR LIVRE SHIFT 14/16 A ÉTÉ PUBLIÉ EN 2014 AUX ÉDITIONS PEPERONI BOOKS.

 

Ali questions strategies of repression, that emerge in the situation of refugees. It confronts the beholders with the farce of the asylum policy, that enacts incapacitation and wears people down. In these tragic-comic portraits, people become metaphors for a system.

 

A conspicuous hierarchy is the method of composition. The photographs show an arrangement of people, misplaced and forced into heteronomy, in a room revealing a permanent state of transition — a room that becomes a stage for contradictions and absurdity.

 

As a collective we encounter photography as our vehicle for analysis. Pictures have power. They can provoke and smash established illusions.

 

They have the quality to question, confuse and subvert.

 

To scrutinize reality we use fragments of a common truth. In a puzzle of replicas we create an irrational construct that doesn’t claim the truth, but a rational reflection. We manipulate, sometimes in a subtle way, sometimes massively, to confront the beholder with a contradictory striving, illusions of equality, the gap between humanity and the status quo. But in the end, it is all about empowerment, because this is the strategy the invisible aligner didn’t reckon with.”

 

COLLABORATING NOW FOR EIGHT YEARS, CORDULA HEINS AND CAROLINE SPEISSER (1986), STUDIED AT THE UNIVERSITY OF THE ARTS OF BREMEN. THEIR WORK HAS BEEN SHOWN AT THE BREMEN THEATRE. IN 2014 THEY PUBLISHED THEIR BOOK SHIFT 14/16 AT PEPERONI BOOKS.